Marianne Marić développe un travail transdisciplinaire dans lequel elle déconstruit les frontières entre les médiums en utilisant le corps comme une arme sculpturale.

Dans ses créations, l’art, la mode, le design, la photographie, la musique et la vidéo fusionnent à travers l’utilisation des corps de femmes comme « une extraordinaire et fascinante architecture ».

vernissage jeudi 30 novembre 2017 à 20h
en entrée libre et en présence de l’artiste
lors de l’inauguration de la Regionale 18 à Mulhouse
exposition du mardi 21 novembre
au dimanche 22 décembre 2017
en entrée libre à La Filature, Scène nationale – Mulhouse
20 allée Nathan Katz – Mulhouse – T 03 89 36 28 28
production
La Filature, Scène nationale – Mulhouse

INTRODUCTION
En 2012, Marianne Marić s’installe à Sarajevo pour une résidence. Si elle n’a plus aucun souvenir de la ville, du pays, des paysages, elle partage pourtant un lien douloureux avec l’Ex-Yougoslavie. Elle a souhaité se rendre se place pour se confronter à son histoire, celle de sa famille (son père est né à Kupres, un village serbe de Bosnie) et plus particulièrement celle de Yéléna, l’une de ses soeurs, décédée brutalement. Sa perte a engendré un silence que l’artiste a voulu briser par l’image, le voyage et la rencontre. En Bosnie, elle rencontre des jeunes femmes qu’elle photographie. Au départ, ce sont des femmes sans têtes, sans identité. Aujourd’hui, les visages apparaissent, l’apaisement se produit. Ainsi, Marianne Marić associe la femme-objet, la marche (mannequin, militaire, mémorielle) et la cicatrice en télescopant son histoire avec celle d’une région traumatisée par des décennies de dictature et par une guerre fratricide. Elle photographie les filles, l’architecture, la nature, la ville marquée par la violence (les obus tombés du ciel ont imprimé sur l’asphalte des empreintes en forme de fleurs que les habitants ont peint en rouge, les Roses de Sarajevo). L’artiste observe les traces d’un passage violent sur un pays en reconstruction, tout en recherchant les fondations de sa propre histoire. Les mémoires sont morcelées, il s’agit alors, par la production d’images, de réconcilier les histoires et les êtres, de combler les fissures. En activant une marche à la fois initiatique et libératrice, l’artiste part se confronter aux souvenirs pour créer sa propre histoire, ses images empreintes de fragilité, d’insolence et d’innocence en sont les nouvelles traces.
À Sarajevo, Belgrade, Paris, Berlin ou Mulhouse, Marianne Marić développe un travail transdisciplinaire dans lequel elle déconstruit les frontières entre les médiums en utilisant le corps comme une arme sculpturale. Dans ses créations, l’art, la mode, le design, la photographie, la musique et la vidéo fusionnent à travers l’utilisation des corps de femmes comme « une extraordinaire et fascinante architecture ». L’érotisme et le jeu sont des forces majeures de son travail. Marianne Marić fait poser des femmes – souvent des amies – dans des positions provocantes, manipulant avec humour de multiples usages de la photographie : emprunt aux arts classiques et à la culture punk, détournement des symboles, froissement des idées lisses de la mode. Ses nus, photographies d’un torse, d’un dos, d’un sexe, d’un corps à moitié dévêtu, subvertissent avec légèreté les codes de la peinture et de la sculpture. Ses portraits, posés ou pris sur le vif, portraits en acte, portraits performés, témoignent, sur un mode ludique, de l’intensité de la vie. Marianne Marić ne parle jamais de guerre, sans doute par crainte du baiser d’une bouche muette. Son travail est une guerre. Il protège le désir, émotion confuse et complexe, et la vie, trouble et décalée, étincelante et magique, de toute froideur qui les menacent.

Danube © Marianne Marić

« UN TEXTE SANS LE MOT FEMME »
par Joël Riff, auteur et commissaire d’exposition
« Marianne Maric photographie. Ses clichés enregistrent la lumière de corps offerts, que le flash rend plus éclatants encore. Même en plein jour, ils nous éblouissent. Et si les contextes varient d’un document à l’autre, demeure la flagrance d’être vivante et voyante, un objectif à la main. Parfois les choses arrivent à elle. Parfois elle fait arriver les choses. Toujours, la vue est prise dans ce qu’elle a d’irréductible, à savoir un oeil, là. L’instantané et la composition partagent ici une dimension tangible voire tactile. Dans l’urgence ou la pose, les caresses sont félines. Parce qu’elles semblent faire ce qu’elles veulent, de ses modèles Marianne Maric fait ce qu’elle veut. Assises. Debout. Couchées.
Assises. Les jambes ouvertes, rarement croisées, elles enfourchent les sièges des stations de métro parisien. Difficile de les imaginer patienter gentiment ailleurs. Car si elles savent parfois se tenir, c’est sans connaître les règles de bonne conduite. De toute façon, personne ne les leur a apprises. Alors elles se perchent en équilibre sur un char d’assaut. Ça sent la choucroute. Vierges en gloire, elles règnent pour mieux câliner une tête assoupie sur leur sein. Et si elles quittent leur fauteuil, c’est pour mieux s’accroupir, pisser, regarder un truc qu’elles ne verraient pas autrement ou juste parce qu’elles se sentent mieux dans cette position. « Ok je vois comment je vais demain ? »
Debout. Françaises et européennes, fières et citoyennes, elles se tiennent droites, dans une verticalité voluptueuse. Elles manifestent leur honneur et leur plaisir, sans contradiction. Marianne Maric identifie bien les attributs du pouvoir, auxquels elle aime associer la vulnérabilité d’une présence humaine. Bien-sûr qu’elle a le droit de parader sous les drapeaux d’un pays qui érige son prénom pour égérie. Bisous. Ses sujets peuvent être de marbre, même si ses statues semblent toujours bouger. Elles traînent dans les musées et provoquent leur reflet dans les vitrines. Mères, elles pressent leur téton et présentent leurs respectueuses et sincères salutations.
« Bref on peut s’appeler cet après-midi si tu veux ? »
Couchées. Avec une prédilection pour les chattes et les chatons, Marianne Maric chérit la langueur. Rien à voir avec ces pin-up qu’on épingle. Viscéraux et envoûtants, les portraits de ses copines allongées transpirent une sensualité indélébile. Souvenons-nous de l’internat où ses camarades de chambre se donnaient parmi ses premiers objets. Il y avait quand même autre chose à faire que dormir. Alors on se repose sur les arabesques d’un tapis ou sur l’humidité silencieuse d’une pierre tombale. Le minéral et la chair ignorent tout de la pudeur. C’est du sérieux. Notre reporter se risque sur tout terrain, insaisissable parmi les gisants et les courtisanes. « Est-ce que tu me permets de faire pipi ? »
Marianne Maric photographie. Par sa connaissance intime de l’Histoire des tableaux et l’acuité de ses visées, elle immortalise son entourage, tour à tour rousse spectrale, harem dans les vapeurs floues de bains turcs ou préférée des catins. Vie et mort, divertissement et menace, piste de bobsleigh et bombardements, se voisinent tendrement dans ses cadrages. Il s’agit de garder les yeux ouverts, et tant pis pour les insomnies. D’ailleurs à force de veiller, on voit le soleil se lever. Toujours plus à l’Est, de la France ou de l’Europe, son orientalisme s’affirme alsacien et balkanique. Forcément extrême à trop frôler les frontières d’une géographie et d’une mémoire morcelées. Le tout s’apprécie nécessairement en vrac. Miaou. Princesses sur trône, guerrières bien stoïques et odalisques musquées. Assises. Debout. Couchées. »
JOËL RIFF

BIOGRAPHIE DE MARIANNE MARIĆ
Née en 1982, Marianne Marić réalise très jeune ses premières photographies dans le cadre d’un atelier à Mulhouse avec Éric Vazzoler. Ses images sont publiées dans le livre Place de la Réunion de la collection Photo Poche aux éditions Actes Sud / Delpire (2000). Marianne Marić fait ensuite ses études à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts de Nancy et au National College of Art and Design de Dublin.
À sa sortie de l’école en 2009, Marianne Marić est invitée en résidence aux Ateliers des Arques par le réalisateur Rainer Oldendorf. En 2015, elle fait partie des 35 artistes sélectionnés pour présenter leurs oeuvres dans le cadre de l’anniversaire des 25 ans de résidence aux Arques.
En 2009, elle présente son travail dans l’exposition collective Réversibilité au CAC de Brétigny puis au festival Le Printemps de Septembre à Toulouse. Sa collaboration avec le CAC de Brétigny se prolonge jusqu’au départ de son directeur Pierre Bal-Blanc (qui quitte le centre d’art pour travailler à la Documenta à Athènes) et s’achève par la création de Silence, oeuvre ouverte, un opéra-performance autour des structures sonores des frères Baschet, pour lequel l’artiste dépoussière les robes de Polly Maggoo et fait se côtoyer de manière inédite musiques concrète et électro, danseurs punks et contemporains. En 2014, Pierre Bal-Blanc présentera également le travail de Marianne Marić dans l’exposition collective Soleil Politique au Musée d’art contemporain Museion de Bolzano (Italie). En 2012, soutenue par le CAC Brétigny et la DRAC Alsace, Marianne Marić s’installe à Sarajevo pour un nouveau projet de résidence. Elle apprivoise alors son histoire personnelle, celle de sa famille (son père est né dans un village serbe de Bosnie) en même temps qu’une histoire complexe dans une région traumatisée par des décennies de dictature et par une guerre fratricide. L’année suivante, elle part en résidence en Serbie pour prolonger sa recherche. Reporters sans Frontières et le galeriste Pierre Courtin montrent une première fois son travail réalisé dans les Balkans en 2012 à la foire de la photographie contemporaine NoFound Photo à Paris. Pierre Courtin l’expose ensuite à Art Paris Art Fair au Grand Palais puis en solo show dans sa galerie Duplex100m² à Sarajevo. L’exposition Rose Sarajevo sera ensuite exposée au MSUV, Musée d’art contemporain de Voïvodine à Belgrade (Serbie), au Centre d’art de Maribor (Slovénie) et au Musée national du Montenegro à Cetinje. En 2014, Marianne Marić représente la France au programme de conférences et de discussions du Franz Ferdinand Project, né de la volonté d’artistes, de chercheurs et de responsables de structures culturelles de questionner la mémoire et l’histoire dans les Balkans, à l’occasion des commémorations du Centenaire du décès de Franz Ferdinand.
En 2015, Marianne Marić obtient une bourse du programme Atelier Mondial pour une résidence de 6 mois à Berlin.
En 2016, elle est en résidence croisée à La Kunsthalle et au Musée des Beaux-Arts de Mulhouse pour développer un travail sur l’immigration et les musées de Mulhouse. La même année, elle est associée au Quadrilatère, lieu de création et d’exposition à Beauvais. Parallèlement à son activité de photographe, Marianne Marić développe très tôt un travail dans les domaines de la vidéo, de la sculpture et de la performance.
Ses Lamp-girls – des femmes habillées de lampes – sont présentées à la galerie L6 à Freiburg, au SHOWstudio de Nick Knight à Londres ainsi qu’au Palais Galliera, Musée de la mode la Ville de Paris. Elles sont aussi bloguées par de nombreux sites de design ou encore par Kanye West. Nick Knight invite Marianne Marić à deux reprises dans son studio à Londres, pour l’exposition SELLING SEX en 2012 et Punk en 2013.
Dans le domaine de la musique, elle collabore avec The Dø (stylisme et pochette de l’album Both Ways Open Jaws), Lyndia Lunch, Jessie Evans, Tobby Dammit et Thomas de Pourquery

En 2008, elle fonde avec son amie Estelle Specklin (alias Poupet Pounket) Pétasse d’Alsace, une plateforme d’artistes, de designers et de stylistes qui défendent avec humour l’identité régionale. En 2013, Rodolphe Burger les repère dans une soirée qu’ils ont organisée à l’Udo Bar à Paris et les invite à animer son festival de musique C’est dans la vallée à Sainte-Marie-aux-Mines.
Marianne Marić est également curateur photo avec Emeric Glayse pour la revue Novo.
Les photographies de Marianne Marić sont publiées dans Reporters sans Frontières, la revue Art Press ou le NY Times. Emeric Glayse présente régulièrement le travail de l’artiste sur son blog Nofound dédié à la photographie contemporaine, Laura Morsch-Kihn et Océane Ragoucy dans leur fanzine Le nouvel esprit du vandalisme ou Léo de Boisgisson sur le site Konbini.
www.mariannemaric.tumblr.com

ROSE SARAJEVO / DANUBE
35 photographies argentiques, tirages sur papier baryté, 40 x 60 cm 4 photographies argentiques, tirages sur papier baryté, 120 x 90 cm

FEMMES FRANÇAISES
1 impression grand format sur dos bleu 120 x 80 cm

LES STATUES MEURENT AUSSI
4 photographies argentiques, tirages sur papier baryté, 60 x 90 cm 1 photographie argentique, tirage sur papier baryté, 70 x 90 cm

FEMMES FONTAINES / LA LACTATION DE SAINT-BERNARD
10 photographies argentiques N&B et couleur, tirages 10 x 15 cm 1 impression jet d’encre pigmentaire 30 x 40 cm

LES HEROÏNES DE MA VIE ORDINAIRE
montage

NU (HOMMAGE A JEAN-JACQUES HENNER)
photographie argentique, tirage couleur 130 x 145 cm

MÉTRO
20 affiches couleur format raisin

LE MÉPRIS
6 blousons en cuir sérigraphiés

VISITES GUIDÉES DE L’EXPOSITION
apéro photo
mercredi 22 novembre 19h15
Observation et réflexion autour d’une photographie le temps d’un apéritif, avant un spectacle.
Entrée libre en galerie, réservation T 03 89 36 28 28
club sandwich
jeudi 7 décembre 12h30
Une visite guidée de l’exposition le temps d’un pique-nique tiré du sac.
L’occasion de partager son casse-croûte autant que son ressenti. Passionnant et hautement convivial !
Entrée libre en galerie, réservation conseillée T 03 89 36 28 28

LA GALERIE DE LA FILATURE, SCÈNE NATIONALE – MULHOUSE
Les 5 expositions de la saison 17-18 à retrouver sur notre site : http://bit.ly/2uINjhL
Stephen Gill : 14/09 > 12/11/2017
Marianne Maric : 21/11 > 22/12/2017 (Régionale 18)
Cristina de Middel commissariat Christian Caujolle : 11/01 > 11/03/2018 (festival les Vagamondes)
John Hilliard : 21/03 > 19/05/2018
Christian Milovanoff : 02/06 > 01/09/2018 (Biennale de la Photographie de Mulhouse)

Galerie en entrée libre du mardi au samedi de 11h à 18h30, les dimanches de 14h à 18h et les soirs de spectacles
20 allée Nathan Katz – 68090 Mulhouse cedex –T +33 (0)3 89 36 28 28 – www.lafilature.org
La Filature, Scène nationale, est membre de Versant Est Réseau art contemporain Alsace http://versantest.org
et de La Regionale Art contemporain de la région tri-rhénane www.regionale.org
La Filature, Scène nationale est subventionnée par la ville de Mulhouse, le ministère de la Culture – DRAC Grand Est, la région Grand Est et le conseil départemental du Haut-Rhin.
Numéros de licences d’entrepreneur de spectacles 1-1055735 / 2-1055736 / 3-1055737

Eric LEFEBURE
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Eric LEFEBURE

Propriétaire du site "La vie à Mulhouse" il est sans doute le plus ancien des sites consacrés à Mulhouse, il fête ses 17 ans cette année et vous n'avez pas fini d'en entendre parler .
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