Un projet ambitieux autour de la Gardner-Serpollet type H de course 1902/1904

Une bande dessinée Gardner-Serpollet type H

L’édition de la bande dessinée « Une Serpollet au Londres-Brighton » est l’aboutissement d’une belle aventure qui a relié la Garder-Serpollet type H de course 1902/1904 à la Cité de l’Automobile. Célèbre voiture de course du début du 20ème siècle, la Cité de l’Automobile décide en 2014 de la rénover. (voir vidéo plus bas)

Ce processus long et complexe mènera à une idée ambitieuse : faire participer la voiture restaurée à une course historique de voitures anciennes : la London to Brighton. Cette aventure inspira l’équipe du Musée et le dessinateur François Roussel : une bande dessinée narrant l’histoire de cette voiture mythique voit le jour en 2016.

La Gardner-Serpollet type H de course 1902/1904 : une voiture prestigieuse

Les frères Serpollet Henri (1848-1915) et Léon (1858-1907) sont nés à Culoz (Ain). Leur père est menuisier et les deux frères suivront la même voie. Passionné de mécanique, Henri découvre le principe de la vaporisation instantanée en 1878 qui permet, sous l’action de la chaleur, de transformer de l’eau en vapeur et de là, entraîner un moteur. Henri et Léon perfectionnent leur chaudière et déposent un brevet le 25 octobre 1879.

Léon va à Paris pour faire connaître leur invention et perfectionner ses connaissances techniques. Une nouvelle chaudière est prête en 1886 et Serpolet dépose un nouveau brevet. De nombreuses petites entreprises acquièrent des ensembles chaudière moteur. La vue des grosses et lourdes automobiles à vapeur incite Léon à se lancer dans la construction d’un tricycle. Le 7 mai 1888 le véhicule est prêt et peut atteindre facilement 30 km/h, il est léger, rapide et fiable. 1888 est une année faste, plusieurs contrats sont signés dont un avec Armand Peugeot qui va fabriquer quelques exemplaires de tricycle en 1889.

En 1898 les ventes de voitures se sont totalement écroulées et Serpollet est contraint de racheter tous ses brevets automobiles à sa société. Il rencontre providentiellement un riche Américain, Franck Gardner, intéressé par les recherches de Serpollet sur la vapeur. Ils créent la société Gardner-Serpollet. Nouveau moteur, 4 cylindres opposés deux à deux, nouvelle chaudière plus performante : la Gardner-Serpollet est récompensée à l’Exposition Universelle de Paris en 1900. L’entreprise est florissante et Serpollet envisage de nouveau la compétition. Il s’impose dans Nice-Draguignan-Nice en 1901, il remporte 3 fois de suite la coupe Rothschild à Nice atteignant 120 km/h la 3ème fois, Paris-Vienne puis Paris-Madrid, rejoignant Bordeaux à 95 km/h de moyenne. Il participe aussi à des courses de côte avec des autobus, mais en 1906, faute de vente de voitures, Gardner se retire.

Léon Serpollet meurt le 11 février 1907, vaincu par un cancer de la gorge, à l’âge de 52 ans.

Une restauration ambitieuse

Pourquoi la Gardner-Serpollet ? Une restauration tout sauf simple. Une pièce historique, une authentique Gardner-Serpollet type H de course, un modèle à vapeur construit entre 1902 et 1904 pour participer à des compétitions et dont la vie sportive fut très active. Il a fallu apprivoiser la technique développée par Léon Serpollet, ceci en se basant sur la lecture du journal « La Locomotion » qui avait consacré en 1903 plusieurs numéros à en détailler les principes.

Elle appartient à la Collection Schlumpf depuis 1966. C’est à ce moment qu’elle a été remise en état dans sa configuration actuelle avant de sommeiller près de 50 ans. Le projet est lancé en 2014 par l’équipe du Musée de lui redonner vie, sans pour autant entreprendre de restauration intégrale. Le cahier des charges étant que l’automobile garde son aspect existant, tout en étant en mesure de circuler sereinement. Le tout avec comme feuille de route et objectif : s’engager au London to Brighton ; permettre à la Serpollet de rallier l’arrivée et de retrouver le potentiel de l’époque où elle dominait assez régulièrement les épreuves auxquelles elle participait.

Les étapes de la restauration

  • Repérage avant démontage du « bloc » qui génère la vapeur nécessaire au fonctionnement de la Gardner-Serpollet.
  • Photographier, répertorier et tout repérer avant remontage. Ceci après avoir analysé son fonctionnement hors du commun.
  • Repérage précis de chaque élément de la chaudière. Matérialiser le cheminement de l’eau et celui de la vapeur dans la génératrice.
  • Les bruleurs Bunsen, dans la partie basse (gicleurs servant à chauffer les serpentins) : ils sont trempés dans un bain de diluant, nettoyés, et le calibrage est vérifié. Ils sont tous reprogrammés à 0.65 de diamètre afin d’assurer une parfaite répartition des flammes puis remontés.
  • Le générateur (au-dessus des brûleurs), dans lequel circule à très grande vitesse de l’eau qui se transforme en vapeur. Dépose des tuyaux et raccords qui sont mesurés, identifiés et nettoyés d’un jet d’eau et au détergeant pour les libérer de la calamine qui les entoure, constituant une barrière thermique. Une fois pourvus d’un joint cuivre de 2 à 3mm d’épaisseur pour l’étanchéité, chacun d’entre eux est ensuite remonté.
  • Test du démarreur (pompe manuelle commandée par la vapeur), démontage et examen minutieux de ses composants, cet exemplaire étant le seul connu dans le monde. Il s’agit d’un ensemble de 14kg composé d’un monocylindre à vapeur indépendant du moteur, une espèce de système d’amorçage.
  • Vérification de la soupape de sécurité et de sa mise sous pression (le musée a opté pour une mise sous pression à 50 bars). Après examen il a été constaté que cette auto comporte 2 soupapes, une soupape de décharge ayant été ajoutée par son propriétaire dans les années 60 (soupape située sur le circuit du générateur et qui libère la vapeur dans l’atmosphère au-dessus d’une pression déterminée), système que l’équipe a décidé de conserver, bien que n’étant pas d’origine.
  • Après avoir contrôlé puis remis en état l’ensemble générateur de vapeur, l’équipe technique s’est attachée au remontage du moteur dont elle a du tout apprendre de manière empirique. En parallèle elle a entrepris la réfection des trains roulants.
  • Dépose du moteur, un 4 cylindres opposés 2 par 2 qui fait appel à un vilebrequin, des bielles, des pistons, des soupapes et un arbre à cames. Il fonctionne sur 2 temps.
  • Ouverture du carter de distribution. Le carter est ensuite débarrassé de ses blocs-cylindres pour contrôle et nettoyage complet. Chacune des soupapes est démontée, et les portées sont rodées afin d’assurer l’étanchéité. Une métrologie des cylindres est réalisée après quoi un déglaçage permet de reconstituer l’état de surface sur les parois.
  • Entre le bloc-cylindres et le carter, l’étanchéité est garantie par une rectification parfaite des plans de joints.
  • Calage de la distribution
  • Embiellage : dépose, nettoyage et graissage des bielles
  • Réglage des trains AV/AR

London to Brighton : la course qui inspira la bande-dessinée

London to Brighton, le rallye pour ancêtres le plus mythique, une présentation dynamique de voitures d’avant 1904, un test pour s’assurer que tout fonctionne correctement après la remise en état de la Gardner-Serpollet. La fusée bleue est « éligible » et sera engagée au sein de la délégation française menée par le Club des Teuf-Teuf.

Cette manifestation automobile remonterait à 1896 et reste un rendez-vous incontournable pour les amateurs de voitures d’avant 1904. Elle est composée d’un concours d’élégance au cœur de Londres et d’un rallye qui relie la capitale britannique à Brighton.

C’est un beau défi que s’est lancé le Musée National de l’Automobile en participant au Londres-Brighton avec une Serpollet de course, à vapeur, dont la remise en état n’a été décidée que quatre mois avant la course. La voiture avait été plus ou moins remise en route du temps des frères Schlumpf mais toute la mécanique, et notamment la chaudière, a dû être complètement refaite et contrôlée par l’équipe du Musée afin de prendre le départ de la course le 2 novembre 2014.

Sur la ligne du départ, on ne trouve pas moins de 450 participants. Plusieurs centaines de voitures plus que centenaires sont lâchées dans le centre de Londres, au milieu de la circulation moderne. Par endroit la Serpollet atteindra les 70km/h nécessitant par 2 fois le nettoyage du brûleur qui se calamine. Un arrêt presque tous les 10km sera nécessaire afin de remettre de l’eau et réamorcer une pompe qui s’acharne à n’aspirer que de l’air. Malgré une fuite à la chaudière peu avant l’arrivée, la voiture franchira la ligne d’arrivée quelques minutes avant l’heure de clôture officielle. Pour les participants peu importe d’être crottés des pieds à la tête, avoir les mains pleines de cambouis à force de réparations ou de devoir se coucher dans la boue sous la voiture, la récompense, ce n’est pas la place – d’ailleurs il n’y a pas de classement -c’est la fierté d’avoir rallié le terme au plus tard à 16h30.

Constat à l’arrivée : une consommation totale de 400 litres d’eau et 70 litres de pétrole pour 100km.

« Une Serpollet au Londres-Brighton » : la bande-dessinée

C’est à la lecture du mensuel de la revue automobile « Gazoline » de juillet 2015, que l’équipe du Musée découvre le « Dessin du Mois ». Il titre : « Tous derrière Serpollet » et rappelle la Serpollet qui vient d’être restaurée au Musée !

L’humour du dessin, l’originalité et la justesse du trait du dessinateur retiennent l’attention du Musée et font germer l’idée d’une petite
« histoire » en quelques pages sur la Serpollet de la Cité de l’Automobile. Cette histoire pourrait faire suite à sa participation au Londres-Brighton et par là en devenir un support vecteur de l’information et la valorisation de la restauration réalisée par l’atelier du Musée sur l’automobile puisqu’il s’agit d’une voiture très atypique (technique vapeur) qui se prête bien à une restitution en petite bande-dessinée.

Le dessinateur, François Roussel, est contacté et est emballé ! L’idée est lancée et la petite bande-dessinée sera réalisée en trois langues : français, anglais et allemand.

Cette bande dessinée vise à valoriser le travail de restauration réalisé par l’équipe technique du Musée en participant au célèbre « London to Brighton » en novembre 2014. Elle traite de l’histoire de la Serpollet type H, de la célèbre course Londres-Brighton, mais éclaire aussi le lecteur quant à l’approche technique et au principe de fonctionnement de l’auto.

Le dessinateur, François Roussel

François Roussel est né en France le 16 mai 1966. Apres un baccalauréat A3 (Options arts plastiques) et une année à l’école des beaux-arts du Havre, il entame une carrière professionnelle dans l’artistique. Il travaillera notamment comme pigiste maquettiste – graphiste au service communication de la Ville du Havre ou comme graphiste illustrateur en agence de publicité.
Illustrateur tourné vers la bande dessinée et les mécaniques anciennes, il réalise de nombreux autres projets :

1984 – 1993 – Co-Fondateur du fanzine de BD  » Dimanche Enchanté  » et participation dans divers Fanzines BD régionaux. Co-Fondateur et directeur de publication du Fanzine de BD  » RHAA « .
1994 – Présent – Illustrations régulières pour différents Clubs d’anciens véhicules.
– Création du logo du Deuxième Rassemblement International d’ancien véhicule Peugeot à Montlhéry
– Piges pour illustrations aux magazines -Rétro-Passion, 2CV mag, Rétromania.
1996 – Exposition au salon « Rétromobile »
2003 – Présent – Illustrateur pigiste au magazine « Gazoline »
2013 – Présent – Projet BD « Le Rail » (scénario & dessins)
2016 – Auteur BD « Une Serpollet au Londres-Brighton » Musée national de l’automobile de Mulhouse
2017 – Auteur recueil d’illustrations « Automobile klassiker » Schneider Media

Vidéo réalisée en 2014 à la cité de l’automobile de Mulhouse par Mvidéo68 : tourisminfo.fr

Eric LEFEBURE
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Propriétaire du site "La vie à Mulhouse" il est sans doute le plus ancien des sites consacré à Mulhouse, il fête ses 18 ans cette année et vous n'avez pas fini d'en entendre parler .
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